Dominique Baudon Plasticienne

 

Extraits intervieuw de Didier Decoux-La Vennerie-

Expo "Couper / Copier /Coller" 2004

Si tu devais un peu définir ton travail, le présenter trÚs briÚvement ?

C’est le prolongement d’un travail de plusieurs annĂ©es qui est parti du pli, d’abord en dessin et puis avec des magazines ou d’images prĂ©existantes. Pourquoi le passage du dessin Ă  ces images prĂ©existantes, je pense qu’il y avait aussi l’envie de passer Ă  quelque chose qui se positionne plus

 Â« politiquement ».

Si tu le dĂ©cris verbalement, comment est fait ton travail, qu’est-ce qu’il montre ?

Je suis partie un peu d’une saturation de l’image, de celle qui nous envahit en permanence comment rĂ©-humaniser cette image tellement lisse, tellement stĂ©rĂ©otypĂ©e, tellement hygiĂ©niste, tellement propre? Comment la rĂ©humaniser, la remettre telle que nous sommes-nous ? Par exemple dans le travail de l’image de la Vierge Ă  l’enfant, il y a un cotĂ© iconoclaste et puis comment rĂ©humaniser cette image idĂ©ale de la mĂšre Ă  l’enfant ? Comment amener quelque chose de plus sensible, plus proche de l’humain.

 Par rapport au titre de l’expo Couper/Copier/Coller.Est-ce que tu te sens concernĂ©e par ces trois opĂ©rations, ou est-ce qu’il y en a une qui te touche d’avantage ?

Non, elles me sensibilisent toutes les trois. L’acte de couper par exemple. Il me semble assez cruel, je coupe la tĂȘte, je coupe les tĂȘtes, il y a un acte assez brutal. Puis coller aussi puisque la colle c’est mon mĂ©dium. C’est ce que j’utilise pour le pli. Les trois termes me touchent.

Copier parce que c’est une image qui est dĂ©jĂ  reproduite un certain nombre de fois dans chaque cas et coller,la colle c’est mon mĂ©dium. C’est ce que j’utilise pour le pli. Les trois termes me touchent.

Par rapport Ă  copier. Tu peux dĂ©finir un peu mieux l’aspect " copier " dans l’idĂ©e de rĂ©pĂ©tition ?

Je travaille Ă  partir d’images qui sont copiĂ©es, Ă  partir de tableaux et dans la quantitĂ©. Des images reproduites, prĂ©existantes et des images multipliĂ©es.

Qu’est-ce que ça t’apporte cette multiplication d’une mĂȘme image ?

Cette variation permet de revenir aussi Ă  cette idĂ©e de retour Ă  des choses plus humaines, une expression peut-ĂȘtre travaillĂ©e dix fois, quinze fois, vingt fois et chaque fois le tableau se modifie rien que par un pli ajoutĂ©. C’est copier dans le sens que c’est la mĂȘme image qui est travaillĂ©e chaque fois et c‘est le pli qui donne la diffĂ©renciation. C’était une façon pour moi de pouvoir traduire des expressions trĂšs diffĂ©rentes. On sent que c’est le mĂȘme tableau et en mĂȘme temps l’image signifie autre chose. Le sens de chaque image devient diffĂ©rent parce qu’il y a aussi toutes les autres.

 Couper, acte cruel et rĂ©pĂ©ter, variĂ©tĂ© d’expressions humaines. Et

coller, il y a un rapport aussi à l’humain ?

C’est le mĂ©dium qui correspondait Ă  ce que j’avais envie techniquement, ça me permet de travailler en volume. Cela me permet de travailler le volume du pli.

Le papier trempé dans la colle il a cette viscosité de la peau arrachée


C’est sĂ»r que quand c’est mouillĂ©, il y a souvent il a quelque chose de liĂ© Ă  la peau. Assez proche du toucher que tu peux avoir avec les personnes. Tu modĂšles, tu touches, tu as les mains qui se perdent dans quelque chose
 ce qui pourrait arriver dans le contact avec quelque chose d’assez humain. Tu ne fantasmes pas et en mĂȘme temps,           c’est quelque chose qui est venu assez naturellement.

Et par rapport au travail sur les tableaux, est-ce que ça met en rapport que tu as à l’histoire de l’art ?

C’est un rapport par rapport Ă  l’art tout court
 C’est un questionnement sur comment les choses se transmettent Ă  travers l’image. Comment elles ont Ă©tĂ© transmises et comment elles viennent Ă  nous maintenant. J’ai un peu cette impression de faire des « sauts » et puis il y a un cotĂ© qui m’amuse de faire de petites images iconoclastes. D’avoir envie de transformer quelque chose qui paraissait Ă©vident par rapport Ă  l’Ɠuvre d’art. DĂ©sacraliser et en mĂȘme temps revenir peut-ĂȘtre Ă  une autre forme de sacré  Le rapport de la mĂšre Ă  l’enfant par exemple c’est une relation qui a Ă©tĂ© abordĂ©e dans toute l’histoire de l’art et la rĂ©duire Ă  peu de chose et la retransformer en autre chose
toutes ces Ă©tapes lĂ  m’amusent.